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 Souvenirs

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Meeleloo
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Nombre de messages : 411
Date d'inscription : 04/10/2005

MessageSujet: Souvenirs   Ven 8 Sep - 18:36

Il faisait chaud. De cette chaleur suffocante et humide qui colle à la peau et empêche de respirer. Ce temps qui donne aux choses un aspect un peu irréel et anormal. A moitié endormie par la chaleur, l'attention de la jeune femme était accaparée sur les gouttes de sueur qui se formaient et roulaient sur le crâne de l'homme assit derrière le bureau, devant elle.
Le ton neutre et monocorde qu'il avait adopté pour la lecture du testament n'aidait pas non plus à la concentration. De toute façon elle s'en fichait. Que pouvait-il y avoir dans ce testament ? Le vieil homme, son grand père, n'était qu'un marginal et poivrot notoire. Pourquoi avait-il pris un notaire et rédigé un testament ? Les premières minutes lui avaient suffit pour se convaincre que rien d'intéressant ne sortirait de tout ça.

A mi chemin entre endormissement et exaspération, elle énuméra mentalement les tâches qu'elles avait du repousser pour venir, ici, dans ce trou paumé surchauffé. Le rendez vous de midi avec son amant, ce crétin beau et doué, deux réunions importantes et un dîner rasoir avec son compagnon du moment. Elle aurait sûrement pu être à l'heure pour ce dernier, mais le prétexte avait été trop tentant. Non, elle se payerait une suite dans le plus bel hôtel de la région et s'y détendrait seule, en se mettant au courant de son après midi de travail manqué, bien sur.
Ses résolutions prises elle se concentra un peu sur le présent, fronçant les yeux quand un effluve de déodorant bon marché atteignit ses narines, alors que le notaire lui tendait une enveloppe jaunie.
"Cette lettre devait vous être remise en main propre mademoiselle." Fit-il en lui présentant l'objet.

Consciente d'être désormais le centre d'attention de tous les héritiers présents - ces idiots bouseux qui s'enorgueillissaient de sa réussite comme si c'était la leur - la jeune femme récupéra l'enveloppe avec un sourire froid et la rangea prestement dans son attaché case.

"Merci maître" ! Furent les deux seuls mots qu'elle prononça jusqu'à la fin. Elle s'éclipsa aussi vite que possible, sans aucune courtoisie ou politesse. A peine installé au volant de sa Diablo, elle téléphona.

"Sandra ! Trouve moi au moins un trois étoiles dans ce trou à rats. Tu m'y prendras une nuit et m'y faxeras les comptes rendu du jour.
...
Non horrible, un trou miteux, un notaire suant, le tout pour un bout de papier en tout héritage.
...
Merci, rappelle moi."

La route défila un moment. Elle roulait droit devant elle, au hasard, soupirant d'aise sous les bienfaits de la clim. Après quelques minutes le téléphone sonna.

"Oui Sandra ? Tu as trouvé ?
...
Oui je vois où c'est.
...
Bien, c'est parfait. Merci à toi ! A demain !"

Au mépris de toutes les règles, elle fit un demi tour au frein à main au milieu de la route, laissant des traces de gomme sur le bitume, et repartit sens opposé à toute allure. Le compteur affichait une vitesse indécente pour une route de ce type, mais la jeune femme n’en avait cure, concentrée sur sa conduite. Elle trouva l'hôtel après une demi heure de route. Quatre étoiles, un accueil irréprochable. Elle esquissa un sourire quand le réceptionniste lui tendit une pile de fax et la clef de sa suite.
A peine arrivée elle se plongea dans les fax, prenant des notes au fur et à mesure de leur lecture. Elle en émergea deux heures plus tard et s'étira, un peu courbaturée. Elle se leva lentement et commanda un repas. Son regard se posa alors sur l'attaché case.
Attendant le service d'étage, elle récupéra l'enveloppe qu'elle ouvrit soigneusement. Celle ci ne contenait qu'une simple feuille de papier pliée en quatre. Intriguée, elle la sorti lentement, et la déplia.
Elle contempla le papier qu'elle avait sous les yeux un long moment. C'était une feuille blanche, tout simple. Au centre, écrit d'une magnifique écriture liée on pouvait lire :

"Ceci est une carte"

Elle alla machinalement ouvrir au service d'étage, la lettre pendant toujours à la main, puis se reconcentra dessus dès qu'elle fut à nouveau seule.

Des souvenirs, profondément enfouis refirent leur apparition. Des temps heureux et insouciants. Des vacances à la campagne... et puis son grand-père, drôle, tendre, et toujours un peu mystérieux. Et ce jour là... ce jour où il lui avait appris, appris à voir. Elle entendait encore la voix, grave, tendre et si riche d'intonations. A peine rocailleuse, comme pour faire ressortir sa douceur chaude.
"Ma petite Sylvia, écoute moi bien, je vais t'apprendre un grand secret… Les gens, vois-tu, ne voient que ce que leurs yeux veulent voir. Mais en réalité, le monde est différent. Tu es ma petite fille, il faut que tu apprennes à voir la réalité, tu veux apprendre ?"
Et elle avait appris. Elle était même douée, disait-il. Mais tout cela s’était enfoui sous des couches de souvenirs, reléguant cet apprentissage en un espèce de rêve, rapidement oublié. Aujourd’hui encore elle doutait… rêve ou réalité ? Tout en elle, son expérience de femme d’affaire accomplie savait que ce n’était qu’un rêve, et qu’il ne fait pas bon croire à ses rêves. Tout en elle… sauf… cette petite voix venant du passé. Elle avait su le faire, en était elle encore capable ?

Elle ramena la lettre devant ses yeux.

"Ceci est une carte"

Elle fixa les mots, leurs courbes, leurs aspérités. Au début elle ne vit rien de plus ... puis lentement et de plus en plus vite, les lignes se mirent à bouger, comme animées de vie propre. Elles se scindèrent, s'allongèrent, se multiplièrent, recouvrant bientôt la majeure partie de la feuille, puis se stabilisèrent enfin. La jeune femme tenait maintenant une carte entre ses mains, finement dessinée, détaillée et précise. Confiante en ses étrange souvenir elle identifia les lieux instantanément.

Impulsivement elle dénoua ses magnifiques cheveux habituellement noués en un chignon sévère. Ils lui tombèrent sur les épaules et dans le dos comme animés d'une vie propre, jetant des reflets blonds et roux. Elle se saisit de son téléphone.

"Sandra ! Je pars pour une durée indéterminée ! Dis à Michaël de gérer en mon absence.
...
Non tout va très bien. J'ai besoin de vacances, c'est tout.
...
Non je vais me débrouiller seule pour une fois.
...
Merci, au revoir !"

Ses yeux se posèrent sur la feuille qu'elle tenait toujours.

"Ceci est une carte"

Elle sourit en éteignant le téléphone. Il ne lui servirait pas là où elle allait.
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